Avec les épisodes de fortes chaleurs qui se multiplient, disposer d'un espace naturellement frais et ombragé peut représenter un véritable atout. Yannick Legrand, responsable régional des Jardins de Gally, nous aide à l'aménager de la meilleure façon.

 

Anaïs

Bonjour Yannick. Aujourd’hui, vous nous emmenez dans un jardin un peu particulier : un jardin d’ombre, et notamment un jardin exposé au Nord. Est-ce que c’est forcément une mauvaise nouvelle pour un jardinier, un jardin à l’ombre ?

Yannick

Bonjour Anais, Non ce n’est pas une mauvaise nouvelle en tous cas pas plus que s’il était exposé plein sud. Je dirais même qu’il s’agit-là d’une idée reçue qu’il faut tenter de combattre, Je le vois comme une opportunité en réalité.

Anaïs

Pourquoi ?

Yannick

Parce que s’il est moins ensoleillé et plus frais, il permet un type de végétation qui ne tiendrait pas une semaine sous le plein sud de nos journées d’été, et surtout depuis que notre climat se réchauffe. Alors oui on va devoir se passer des lavandes, agapanthes, sauges et oliviers mais on va aussi pouvoir exprimer d’autres ambiances, créer un jardin très différent en utilisant une palette végétale adaptée, avec ses propres qualités. En bref, jardin d’ombre ne veut pas dire qu’il est condamné à la morosité, bien au contraire, encore faut-il accepter de ne pas y reproduire un jardin de plein soleil.

Anaïs

Mais qu’est-ce qu’on appelle exactement un « jardin d’ombre » ?

Yannick

C’est un jardin qui comme son nom l’indique, reçoit peu ou pas de soleil direct et cela, pendant une partie importante de la journée. Alors on le devine, un jardin orienté au Nord est généralement plus frais et moins lumineux mais l’environnement immédiat compte énormément : les bâtiments, les arbres, les murs, la hauteur des clôtures peuvent modifier très fortement la quantité de lumière disponible. Ce n’est donc pas binaire. Et il n’y a donc pas l’ombre d’un coté et la lumière de l’autre… et le jardinier a donc un travail d’observation important à faire avant même de composer sa liste de plantation.

Anaïs

Donc première règle : avant de planter, il faut observer ?

Yannick

Oui. C’est même l’un des meilleurs conseils que je puisse donner. Il faut donc le regarder, d’abord vers le haut en levant la tête. On va regarder : Où arrive le soleil ? À quelle heure ? Quelles zones restent réellement dans l’ombre ? Est-ce une ombre permanente ou seulement quelques heures ? Et puis, ensuite, en regardant vers le bas pour regarder quoi Anaïs ?

Anaïs

Le sol !

Yannick

Eh oui, il faut regarder le sol, toujours, vous le savez ! mais encore plus à l’ombre, parce qu’un jardin non exposé directement au soleil peut être soit humide… soit très sec.

Anaïs

Sec ? C’est surprenant !

Yannick

Oui, cela mérite une explication. Prenons d’un côté le sol à l’ombre, situé sous un grand arbre, par exemple, avec de puissantes racines. A l’inverse, prenons le sol toujours à l’ombre mais situé contre un bâtiment. Dans le premier cas, les racines vont puiser l’eau dont l’arbre a besoin et donc assécher le sol, ce que ne fera pas le bâtiment. Donc « ombre » ne signifie pas automatiquement « sol humide ».

Anaïs

Alors justement, quelles plantes peut-on installer dans un jardin exposé au Nord ?

Yannick

La palette est beaucoup plus large qu’on ne l’imagine et ca tombe bien parce que nous venons de le dire, il y a jardin d’ombre et jardin d’ombre. On peut tout de même citer évidemment les fougères, qui sont particulièrement intéressantes pour leurs formes et leurs feuillages. Les hostas sont également de grandes classiques de l’ombre, avec des feuillages très différents selon les variétés. On peut aussi utiliser des heuchères, des brunneras, des pulmonaires, des hellébores, certaines anémones… Et côté arbustes, on peut notamment regarder du côté des aucubas, des mahonias, de certains viburnum, rododenfrons ou azalées, Il existe donc une vraie diversité : dans les feuillages, textures, couleurs, floraisons et même les parfums.-C’est pour moi le matériel idéal pour travailler des ambiances intimistes, poétique et raffinées.

Anaïs

Vous venez de parler de feuillages. Est-ce finalement la grande force du jardin d’ombre ?

Yannick

Oui, c’est vrai, il en existe de nombreux types

À l’ombre, le feuillage devient souvent le premier matériau du jardin. On va jouer sur les formes : de grandes feuilles d’hostas à côté de feuilles très découpées des fougères, par exemple, sur les contrastes de couleurs : vert foncé, vert tendre, panachés, parfois dorés.grâce à la diversité du feuillage disponible en jardin d’ombre, on va pouvoir créer un jardin très élégant, très luxuriant, sans avoir besoin de surjouer avec de la fleur que l’on va plutôt utiliser

Pour apporter de la lumière ce qui est bien pratique dans un massif ombragé.

 Les plus efficaces dans ce domaine sont les fleurs d’hellébores, anémones, hostas

Avec un énorme coup de cœur personnel pour le viburnum plicatum qui est je crois mon arbuste d’ornement préféré…

Anaïs

Et dans un petit jardin ou sur une terrasse orientée au Nord, les mêmes principes s’appliquent-ils?

Yannick

Oui d’autant plus que les végétaux d’ombres, alors pas tous mais la plupart d’entre eux,   ont une croissance assez lente et sont donc plutôt très appropriés aux petits jardins.

Anaïs

Ces jardins d’ombre demandent-ils beaucoup d’entretien ?

Yannick

Pas plus non. Comme toujours au jardin, une bonne conception permet de limiter l’entretien. On peut notamment couvrir suffisamment le sol pour éviter de laisser trop de terre nue, utiliser des végétaux adaptés et maintenir un sol suffisamment riche en matière organique. Le paillage peut également contribuer à conserver l’humidité du sol et à limiter les adventices. Mais il faut surtout éviter de vouloir transformer un jardin d’ombre en jardin de plein soleil. C’est La nature qui nous donne les conditions ; notre travail consiste à en tirer le meilleur parti. Plus nous nous sommes adaptés aux contraintes naturelles du site moins on aura de travail au jardin.

Anaïs

Finalement, vous êtes en train de nous dire que l’ombre peut être une chance ?

Yannick

Je pense personnellement qu’elle offre une expérience de jardin bien différente et un potentiel de créativité presque plus important que pour un jardin plein soleil. On peut y trouver de la fraicheur du calme et une ambiance, très végétale. Et puis, avec les épisodes de fortes chaleurs que nous connaissons, disposer d’un espace naturellement ombragé peut aussi devenir un véritable atout.

Anaïs

Alors, si vous deviez donner trois conseils très simples à quelqu’un qui nous écoute et qui possède un jardin exposé au Nord ?

Yannick

Je dirais d’abord qu’il faut observez avant de planter. Regardez la lumière, l’ombre et le sol. Après seulement, on choisira les plantes. Enfin : osez le feuillage ! Travaillez les formes, les textures et les nuances… et vous verrez qu’un jardin d’ombre est le jardin de style par excellence. Et bien sûr si vous avez besoin de conseil projet, nous pouvons avec les Pépinières Imbert, nous occuper du diagnostic et de l’étude !