Dans l’émission M comme Midi sur RCF Lyon, Yannick Legrand directeur de l'agence Les Jardins de Gally - Rhônes-Alpes, évoque au micro d'Anaïs Sorce les paysages en peinture.
Anaïs Sorce : aujourd’hui, on va parler d’art, mais un art qui respire, qui pousse, qui change avec la lumière… Les jardins, dans la peinture. Pourquoi ce sujet ?
Yannick Legrand :
Parce qu’un jardin n’est pas seulement un espace à entretenir, c’est aussi une source d’inspiration.
Quand on regarde un tableau de Monet ou de Frida Kahlo, on ne voit pas seulement des plantes on perçoit une atmosphère, une saison, parfois même l’odeur des fleurs.
J’aime cette idée que chaque aménagement paysager pourrait être une “toile vivante”.
Anaïs : Monet à Giverny, c’est un exemple parfait.
YL :
Lui a littéralement façonné son jardin comme un atelier à ciel ouvert. Les nymphéas, les allées fleuries, le fameux pont japonais… Tout était pensé pour servir de décor à ses toiles.
Et ce n’est pas juste joli : il jouait avec la lumière, la transparence de l’eau, les reflets. Ce qu’on oublie, c’est que ce jardin était conçu avec autant de précision qu’une œuvre d’art.
Et quelque part, ce qu’il a fait à Giverny, on peut le ressentir… ici aussi, à Lyon.
Anaïs : Ah oui ?
YL :
Je pense au Parc de la Tête d’Or.
Lorsqu’ on s’y promène tôt le matin ou en fin de journée, avec la lumière sur le lac, les arbres qui se reflètent dans l’eau…, il y a un petit côté impressionniste non ?
Anaïs : C’est vrai
YL :
Au dela du fait que je suis-je ne l’avoue pas complétement objectif lorsque l’on parle de Lyon, mais tout de meme ; ce parc qui a été conçu au XIXe siècle reprend tous les codes d’un grand paysage “composé”, avec un lac central, des perspectives, des allées… presque comme une peinture à l’échelle d’une ville.
Et je trouve que c’est un bon exemple : on n’est pas dans un musée… mais on vit une expérience très proche de celle d’un tableau.
Anaïs : Et avant les impressionnistes ?
YL :
On a toujours utilisé le jardin comme sujet artistique.
Sandro Botticelli, dans “Le Printemps”, crée un jardin symbolique, presque mythologique.
Hieronymus Bosch, avec “Le Jardin des délices”, invente un monde totalement imaginaire.
Et Gustav Klimt transforme les prairies en motifs presque décoratifs.
Anaïs :
Et dans d’autres cultures, on a aussi cette vision du jardin “artistique” ?
YL :
Oui ! Le jardin persan, par exemple, est une véritable composition picturale : symétrie parfaite, jeux d’eau, végétation choisie pour ses couleurs au fil des saisons.
Les miniatures indiennes, elles, montrent des jardins comme des écrins pour la poésie et la musique.
En Chine, les jardins de Suzhou ont inspiré des peintures à l’encre pendant des siècles, où chaque pierre, chaque bambou était choisi pour son “caractère”.
Anaïs : Et si on revient à votre métier, comment cette approche influence-t-elle vos projets ?
YL :
On s’inspire beaucoup de ces logiques comme la plupart de nos confrères si je suis honnête. Quand on conçoit un jardin, on pense à la perspective : qu’est-ce qu’on voit en premier plan, en arrière-plan ? Quelle palette de couleurs au printemps, à l’automne ?
On joue aussi avec les textures, comme un peintre avec ses pinceaux : feuillages lisses ou rugueux, floraisons délicates ou exubérantes.
Et il y a un point commun avec la peinture : la lumière.
On réfléchit à comment le soleil ou l’ombre vont “révéler” un massif ou une allée.
Anaïs : Donc un jardin, c’est une œuvre d’art évolutive ?
YL :
Effectivement, Un tableau ne change pas, mais un jardin vit. Les couleurs évoluent, les feuillages tombent, les fleurs apparaissent. C’est comme si l’artiste revenait tous les jours pour modifier son œuvre.
C’est d’ailleurs cette dimension vivante qui rend notre métier passionnant. Et c’est ce qui fait qu’un jardin bien pensé peut émouvoir autant qu’une peinture.
Anaïs : Avez-vous un exemple concret où vous avez voulu créer un “effet tableau” ?
YL :
Oui, dans certains projets urbains, on conçoit des espaces verts qui reprennent les codes des impressionnistes : bandes de couleurs en masses végétales, jeux de textures, transitions douces entre les zones.
On cherche pour cette typologie de jardin un sentiment d’apaisement, comme lorsqu’on regarde un paysage peint par Sisley ou Renoir.
Anaïs : Et en guise de conclusion, comment inviter nos auditeurs à voir les jardins comme des œuvres d’art ?
YL :
Je dirais : la prochaine fois que vous êtes dans un jardin, arrêtez-vous et observez-le, cherchez la “composition” : où se posent vos yeux, quelles couleurs se répondent, comment la lumière joue.
Et rappelez-vous que derrière ce décor, il y a souvent un “peintre-jardinier” qui a pensé chaque détail pour créer une émotion.